Interview : une rencontre « Free style » avec N’Gwa

Interview : une rencontre « Free style » avec N’Gwa

with Pas de commentaire

Issu du monde de la Free post-loi Mariani (cette loi votée en 2001 qui encadrait très sévèrement les rassemblements techno, toujours au code pénal mais plus directement appliquée), N’Gwa a parcouru bon nombre de soirées, côté public et côté coulisses, des terres de sa Vendée natale aux hauteurs de Savoie. 

Plus assagi – le privilège de l’âge – mais toujours en pleine forme, on le retrouvait il y a quelques semaines tranquillement assis dans le top 100 Beatport avec un maxi récemment sorti chez VIM Records.
Moins hardtek qu’à ses débuts, l’artiste titille pour autant toujours et sans broncher les 140 bpm (« par moments »). Alors : la Free, c’est fini ? «Non ça ne sera jamais fini, mais si on parle de fête avec entrée à prix libre, cela devient un peu plus rare.»

 

Peux-tu nous décrire ta musique en 3 mots : une couleur, une odeur, une émotion ?

Ou vas tu chercher des questions pareilles ? (rires). Une multitude de couleurs :
tantôt noire et sombre ou tantôt joyeuse, j’essaie toujours de garder un côté « envoutant » et psychédélique pour mes morceaux ; les émotions sont changeantes donc la façon de travailler et l’histoire qu’ils racontent aussi.
Je sais quel style je vais composer mais je ne sais pas souvent ou je m’engage quand je commence un projet, à part si je bosse sur un remix. Je peux commencer un morceau très épuré et assez calme et finalement rajouter tout un tas de synthés agressifs.

 

À une époque, tu faisais des sons électro avec un accordéon. Ça en est où cette histoire ?

Je préfère me concentrer pour le moment sur des compos essentiellement électro, et garder mon accordéon pour jouer de temps à autre avec les copains autour de bonnes et grandes bières, étant donné que je suis plus à l’aise à composer avec mon clavier et mon ordi qu’avec un instrument traditionnel.

 

Quel est ton point de vue sur la scène Free aujourd’hui ? A-t-elle encore un avenir ?

Question compliquée et délicate : une chose qui est sûre, c’est qu’il y a une réelle motivation de la majorité des organisateurs de ne rien lâcher, de donner le maximum pour faire plaisir au public – qui peut parfois être dur et pas forcément reconnaissant alors que les organisateurs fournissent un dur travail pour leur apporter musique, bonheur, joie et un espace de liberté temporaire, éphémère. D’un autre côté les lois sont de plus en plus dures contre ce mouvement, de plus en plus injustes. Le dialogue est rompu depuis bien longtemps, les autorités font semblant de nous écouter mais il n’en est rien. Je ne sais pas si cela ira en s’arrangeant, mais il faut garder espoir.
Les promesses tournent en boucle depuis des années mais peu de choses avancent. Nous sommes dans un pays ou de manière générale la culture n’est pas une priorité, alors une culture underground …

Il y a du bon et du mauvais partout : certains soundsystems prouvent que la scène n’est pas morte en organisant des événements très bien gérés, en faisant venir de très bon DJs ou Livers, sans incidents, avec de la décorations et des performers à couper le souffle,
Le fait est que lorsqu’il y a des incidents, on ne retient que ça. Il est rare de voir un article de journal ou un reportage au 20h où l’on met en avant le bon déroulement d’une soirée.

Si ça continue comme ça, l’avenir se fera exclusivement dans les salles, les bars (de plus en plus compliqué, notamment au regard de ce qu’il se passe à Nantes) ou les clubs … on s’en approche de plus en plus.
Récemment il y aurait eu une avancée importante : empêcher la police d’effectuer des saisies en toute illégalité (lorsqu’il y a moins de 500 personnes). Reste à voir si cette nouvelle directive sera appliquée, mais comme je disais plus haut, les promesses tournent en boucle.

 

Certains acteurs du monde de la musique affirment qu’on est en plein âge d’or de la techno : de plus en plus de festival dans de plus en plus de pays, le grand public s’ouvre de plus en plus à l’électro … Est-ce une bonne chose ?

Parler d’un âge d’or pour la techno ? Difficile de répondre, car c’est une musique en constante évolution – avec son lot de copies et de trucs commerciaux au goût douteux -. Il y a aujourd’hui une multitude de DJs, de producteurs, des types pas forcément très connus ou qui commencent à l’être, mais très doués (écoutez les mix de Math EDC et les compos de Martopeter, et vous comprendrez).
À côté de cela, les anciens sont toujours là et font vibrer un public toujours grandissant : Laurent Garnier, Sven Väth, Roni Size, Manu le Malin ou The Dj Producer pour citer des DJs/compositeurs d’univers différents.

L’âge d’or était peut être hier, est probablement aussi aujourd’hui et sera surement demain. Tout va très vite grâce aux avancées technologique et de ces avancées en découlent de nouvelles techniques de mix et de production, De toutes manières, je n’aime pas cette guerre du «c’était mieux avant» : profitons des multitudes de possibilités et de choix que nous avons pour continuer à créer et organiser de nouvelles choses.
Le fait que le grand public s’ouvre à l’électro est une bonne chose : découvrir est une bonne chose, mais en parallèle cela donne tout un tas de DJs « spectacle » qui sont plus des produits marketing que de véritables artistes.
Mais bon, c’est comme ça dans tout les domaines : si plus de monde est atteint par quelque chose il en découle une multitude de variantes. Regarde ce qu’il s’est passé avec le dubstep !
Ça, on ne pourra jamais le changer : de toute façon comment peut on écouter du son underground si il n y a pas le reste à coté ? Sans le commercial il n y aurait plus d’underground.

 

Pour toi, c’est quoi la différence entre un bon DJ et un mauvais DJ ?

Sans parler du choix musical, je dirais qu’un bon Dj doit avoir de la patience. Pouvoir faire aimer un morceau au public que celui si n’écouterait pas forcément, surprendre, avec évidemment une sélection du tonnerre, avec des petites perles qui sortent tout droit de l’inconnu. Que ce soit pour un mix en freestyle ou bien préparé en amont. L’important en fait, c’est de jouer des morceaux qui font plaisir au DJ et au public.
Un mauvais Dj lui, n’en aurait rien à faire de tout ça. Enfin je pense.

 

Tu travailles avec quoi comme matos ?

Tu vas te marrer : un vieux mac mini de 2008 qui rame à fond, un clavier Oxygen choppé d’occasion à un pote et des Hercules XPS 2.0 80 en monitoring.
Bientôt du nouveau matos, mais ça sera après avoir assez bossé. Patience.

 

Tes futurs projets ?

Plusieurs tracks vont voir le jour avec leur remixes respectifs sur VIM et 3 nouveaux labels : du breakbeat plutôt dirty à des morceaux à la limite de la psytrance.
Un track techno est également en cours : lente et sombre, je suis descendu à 125 bpm. Moins habitué à composer ce genre de son, malgré le fait que j’en mixe assez souvent, je préfère prendre mon temps et ne pas bâcler.
Avec deux amis, nous devrions également passer pas mal de temps en studio pour voir ce qu’on peut faire tout les 3 musicalement. L’idée, c’est de faire des morceaux ou chacun apportera sa touche et voir ce qu’il en découlera.

Et puis surtout, ma première date à l’étranger (à Zagreb en Croatie) au mois de mai. Ça fait plaisir.

 

Pour finir : un album à nous conseiller en ce moment ?

Sans hésitation l’album «Collaborations» de Hedflux et Grouch. Une perle !

 

Retrouvez N’Gwa, son actualité et ses sons sur ses pages Facebook, Soundcloud et Beatport.

Et très bientôt en podcast sur elektrokute.com. Stay at tune.